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Tobias Wolff : Portrait de classe

 
Où Tobias Wolff peint par petites touches, dans Portrait de classe, l’histoire d’une supercherie littéraire dans un collège américain.
jeudi 14 avril 2005.

Tobias Wolff, ou l’art du haïku.

 
Tobias Wolff : Portrait de classe - 4.2 ko
Tobias Wolff : Portrait de classe

Outre-Atlantique, ce Californien de 60 ans passe pour un maître de la short story, un feu follet qui se contente d’écouter aux portes de la vie afin d’en restituer toute la fragilité, tous les fulgurants secrets.Avec l’auteur de Chasseurs dans la neige, on ne s’appesantit jamais et ses recueils de nouvelles ont imposé un voltigeur dont la prose est une guirlande d’instantanés : elle semble jaillir d’un Polaroïd où se profilent des personnages qui, chaque fois, le temps d’un flash, basculent vers de nouveaux destins, changent soudain de chemin et sautent brutalement dans l’inconnu.

En cuisine, Tobias Wolff serait un virtuose du soufflé, et s’il a choisi la littérature, c’est moins pour raconter des histoires que pour cueillir l’éphémère.

Avec Portrait de classe, il s’attaque au roman mais reste tout aussi pointilliste : en épinglant un détail, il sait capter les ambiances et saisir l’air du temps - ici, le début des années soixante. Nous sommes dans un collège très huppé de la Nouvelle-Angleterre, un de ces phalanstères qui pourraient sortir de L’attrape-cœurs de Salinger. Sauf que les élèves, cette fois, ne sont pas des béotiens décervelés. Ils aiment les bonnes manières et chérissent tellement la littérature qu’ils organisent des concours d’écriture, afin que leur petit cercle ne soit pas celui des poètes disparus. Le lauréat est gâté : il a droit à un entretien privé avec un grand écrivain, invité au moment de la distribution des lauriers.

Lorsqu’on annonce que Hemingway sera le prochain hôte du collège, le narrateur de Portrait de classe est bien décidé à empocher le précieux trophée. Il affûte sa plume, et implore les muses pour qu’elles lui inspirent la meilleure nouvelle de la classe. Mais elles le boudent. Il sèche lamentablement... et finit par dénicher dans une revue un texte providentiel qu’il va plagier sans vergogne, avant d’être proclamé vainqueur. Hélas, Hemingway ne viendra pas le féliciter - pour cause de suicide - et sa supercherie sera bientôt découverte : double fiasco pour le malheureux potache qui, par amour de la littérature, s’est laissé tenter par le diable. Ce roman subtil et ironique, sans doute partiellement autobiographique, est une remarquable autopsie de l’adolescence, mais aussi une fable sur l’ambition et sur l’imposture littéraire. Tobias Wolff y ajoute l’élégance feutrée d’une prose à la Salinger. Portrait de classe a vraiment de la classe.

Par André Clavel, lire.fr


Portrait de classe
Tobias Wolff
PLON
traduit de l’américain par Elisabeth Peellaert.