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Stephen King : Ecriture, mémoires d’un métier

 
Stephen King dans "Ecriture, mémoires d’un métier" livre aux écrivains en herbe conseils, souvenirs et leçons de style. A vos plumes !
vendredi 14 janvier 2005.

Stephen King raconte que, lorsqu’il avait cinq ou six ans, il a demandé à sa mère si elle avait déjà vu quelqu’un mourir. Oui, lui dit-elle, un marin qui avait sauté du toit du Graymore Hotel à Portland et s’était écrasé dans la rue. « Il y en avait partout », m’a dit ma mère d’un ton très naturel. Elle s’est interrompue, puis a ajouté : « Un truc vert sortait de lui. Je n’ai jamais oublié. » « Moi non plus, Maman », commente Stephen King adulte, l’auteur de plus de trente best-sellers d’horreur, dans lesquels les éclaboussures et les trucs verts ne sont jamais hors sujet.

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Stephen King

Dans On Writing (Ecriture, Mémoires d’un métier, Albin Michel), sa deuxième œuvre non romanesque, Stephen King choisit dans ses souvenirs des perles comme celle-ci afin d’expliquer la « formation d’un écrivain ». Il offre également aux écrivains en herbe des leçons de grammaire et des conseils sur les meilleurs endroits pour écrire. Le livre combine ainsi l’autobiographie, les avertissements, les sources d’inspiration. C’est un mélange délectable si vous n’êtes pas rebuté par le côté homme du peuple, bon vieux garçon du Maine, de Stephen King. Les passages autobiographiques retracent une enfance « étrange et mouvementée ». Sa mère a travaillé dur pour élever seule ses deux fils. Son père a disparu quand il avait deux ans et son frère quatre ans. Le livre met l’accent sur les souvenirs, comme le « truc vert », qui semblent présager l’avenir de l’écrivain et ses sujets d’écriture.

Il ne s’agit pas véritablement d’une autobiographie. Stephen King se sert plutôt de son expérience personnelle pour aborder des aspects professionnels, toujours du point de vue de l’écrivain : ses lectures d’enfant - des bandes dessinées à Jack London -, ses films préférés quand il était adolescent ou ses rapports avec sa femme, Tabitha, écrivain, sa première critique et sa « lectrice idéale ».

Il passe même en revue ses années d’alcoolisme et de toxicomanie, pour montrer leurs conséquences sur son écriture. Les conseils qu’il donne aux futurs écrivains sont tantôt idéalistes (écrivez sur ce que vous voulez, « du moment que vous dites la vérité »), tantôt purement pratiques. Il répond aux questions de ses fans : Où trouvez-vous vos idées ? Ecrivez-vous à la main ou sur votre ordinateur ? Les deux. Où écrivez-vous ? Dans une pièce sans vue, porte fermée.

Pour ce qui est du style, la bible de Stephen King est le classique Elements of Style de William Strunk et E.B. White. Il partage leur mépris pour la voix passive et son mantra est leur principe élémentaire n°17 : « Supprimez les mots inutiles. » Autre maxime de Stephen King : « Si vous voulez être écrivain, vous devez faire deux choses : lire beaucoup et écrire beaucoup. »

Il montre l’exemple en lisant environ soixante-dix ouvrages de fiction par an et en écrivant presque tous les jours. Il défend la littérature populaire de qualité et il joint une liste éclectique des « meilleurs livres lus au cours des quatre dernières années », allant de Conrad à J.K. Rowling. Quant à sa prédilection pour l’horreur : « Je suis né comme ça. J’ai toujours aimé la nuit et les cercueils tourmentés. Si vous désapprouvez, je ne peux que hausser les épaules. C’est tout ce que j’ai à offrir. »

En juin 1999, une camionnette l’a heurté de plein fouet alors qu’il marchait sur une route de campagne. L’écrivain a survécu de justesse, et selon son éditeur il est toujours en convalescence. Le chapitre qui clôt ce livre décrit sa lutte pour pouvoir écrire de nouveau. Une lutte couronnée de succès et dont On Writing est l’un des premiers fruits.

Source : Courrier international 2001


Ecriture, mémoires d’un métier
Stephen King
Albin Michel