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Robert Desnos

 
Robert Desnos est né le 4 Juillet 1900. Son père, Lucien Desnos, est mandataire aux halles pour la volaille et le gibier. Toute son enfance et son adolescence, il la passe dans le quartier Saint-Merri, un quartier populaire des Halles.
mercredi 13 avril 2005.

En 1902 en effet la famille Desnos s’installe rue Saint-Martin puis déménage en 1913 pour la rue de Rivoli. L’oeuvre de Desnos sera marquée par les souvenirs accumulés dans ces quartiers populaires et pitoresques. Élevé dans un milieu petit-bourgeois, il fait sa première communion en 1911 et obtient son certificat d’études en 1913. Au collège il est plutôt mauvais élève. En fait les cours ne l’intéressent pas et surtout il déteste le discours patriotique qui s’y développe.

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Il préfère lire Hugo et Baudelaire et surtout se passionner pour la culture populaire : romans d’aventures, bandes dessinées, Fantômas et ses couvertures bariolées de couleurs, en un mot tout ce que les Surréalistes nommeront plus tard la "Poésie involontaire", le merveilleux dans la naïveté populaire... Ses poèmes de la fin des années 20 et des années 30, élaborés sur un ensemble de clichés, ont pour origine cet imaginaire que Desnos s’est construit pendant cette période. Les surréalistes qui lui reprocheront ces oeuvres ont oublié que la culture de Desnos n’est pas savante ou livresque.

Quand il se lance dans les alexandrins il se trompe souvent dans la métrique, et beaucoup d’entre eux ont en fait 13 pieds ! D’ailleurs Desnos aimait répéter : "Je ne suis pas philosophe, je ne suis pas métaphysicien... Et j’aime le vin pur." Il disait aussi : "Ce que les écrivains ont à dire s’adresse à tous".

Les débuts du poète
En 1916 Desnos quitte le collège et devient commis dans une importante droguerie. Il commence à publier en 1918 dans la Tribune des jeunes, une revue de tendance socialisante. En 1919 Desnos devient secrétaire de Jean de Bonnefon et gérant de sa maison d’édition. Dans le Trait d’union, revue d’avant-garde, il publie quelques poèmes (Le fard des argonautes) dont certains sont très influencés par Apollinaire (Prospectus).

Grâce au poète Louis de Gonzague Frick, il est introduit dans les milieux littéraires modernistes et d’avant-garde. Chez Georges-Elzéar-Xavier Aubaut, personnage étrange qui se dit ancien secretaire de Huysmans, il rencontre Benjamin Péret qui lui fait découvrir Dada° et lui présente André Breton. Mais en 1920 et 1921, Desnos doit faire son service militaire, d’abord à Chaumont puis au Maroc°

L’aventure commence
Entre temps Dada fait long feu. Le numéro 2 de Littérature (nouvelle série) publie le fameux texte "Lâchez tout" qui inclut Dada dans les vieux mythes à abandonner. Immédiatement après Breton et ses amis se regroupent pour mener l’expérience du Surréalisme°.
Grâce à Péret, Desnos intègre le groupe et participe de manière éclatante aux expériences d’écriture automatique, de sommeils hypnotiques, de récits de rêves ou de fantasmes. Desnos joue alors le rôle du médium, il est un "dormeur" qui, du fond des espaces du sommeil, sort des aphorismes d’une haute valeur poétique qui tirent toutes les possibilités du langage : c’est la série des Rrose Sélavy (autre série ici). Les années 1922 et 1923 sont ainsi, pour Desnos comme pour ses compagnons, des années d’experimentation du langage et de l’ensemble de ses possibilités : Desnos a constitué un véritable laboratoire du langage (l’Aumonyme, P’Oasis, L’asile ami, La colombe et l’arche...).

D’ailleurs Desnos est le prince du surréalisme et André Breton° lui offre dans le Manifeste du surréalisme° un authentique hommage :

-  "Demandez à Robert Desnos, celui d’entre nous qui, pêut-être, s’est le plus approché de la vérité surréaliste, celui qui, dans des oeuvre encore inédites et le long des multiples expériences auxquelles il s’est prêté, a justifié pleinement l’espoir que je plaçais dans le surréalisme et me somme encore d’en attendre beaucoup. Aujourd’hui Desnos parle surréaliste à volonté. La prodigieuse agilité qu’il met à suivre oralement sa pensée nous vaut autant qu’il nous plaît de discours splendides et qui se perdent, Desnos ayant mieux à faire qu’à les fixer. Il lit en lui à livre ouvert et ne fait rien pour retenir les feuillets qui s’envolent au vent de sa vie."

Il avait écrit un peu plus tôt dans le Journal littéraire (5 juillet 1924) :

-  "Le surréalisme est à l’ordre du jour et Desnos est son prophète"

Le surréalisme au quotidien
Dans les années 1924-1926, Desnos participe aux diverses manifestations surréalistes, signe les diverses déclarations et lettres ouvertes du groupe ; il est rédacteur (1924-1929) de la revue La Révolution surréaliste...

Comme il faut bien vivre, il travaille comme comptable des publications médicales de la Librairie Baillère (1922-1924), écrit sur commande pour Jacques Doucet (De l’érotisme, 1923...), est, pendant un moment, courtier de publicité pour un annuaire industriel, il est ensuite caissier du journal Paris-Soir (1924). Puis il se fait journaliste d’abord à Paris-Soir (1925-1926), puis au journal Le Soir (1926-1929), à Paris-Matinal (1927-1928) et au Merle. Passionné de cinéma, il publie des chroniques cinématographiques dans divers journaux.

Si ces activités lui prennent beaucoup de temps, il ne cesse pas d’écrire. Déjà en 1924 était paru Deuil pour deuil, long texte purement narratif, où Desnos fait un voyage dans un fantastique intégral. Desnos s’approche un peu plus de la forme romanesque avec La liberté ou l’amour !, qu’il écrit juste après et qui est publié en 1927, non sans provoquer le scandale : le tribunal correctionnel de la Seine condamne cet ouvrage et le mutile (l’épisode du "Club des buveurs de sperme" est supprimé). En 1926, il publie C’est les bottes de 7 lieues cette phrase « Je me vois », qui regroupe des poèmes écrits en 1923, où l’automatisme s’efface un peu.

En 1926, Desnos s’installe dans l’ancien atelier d’André Masson°, au 45 de la rue Blomet. Il y expérimente l’opium, ce qui n’était peut-être pas une très bonne idée puisque le roman qu’il tirera de cette expérience, Le vin est tiré, en 1943, est certainement son plus grand échec littéraire. Rue Blomet, Desnos est à la fois à deux pas du Bal nègre, où il est continuellement fourré, de Montparnasse, quartier des artistes et autres excentriques, des ateliers d’André Masson et de Joan Miró°, et de la rue du Château où se réunissent Georges Malkine, Marcel Duhamel, Raymond Queneau° et les frères Prévert.

L’amour
Il est difficile de comprendre l’oeuvre de Desnos si on ne connaît pas quelques éléments de sa vie sentimentale.

Jouons, si vous le voulez, à découvrir le nom de la femme dont Desnos sera passionnément amoureux, même après sa mort en 1930 : lisez Infinitif attentivement, puis regardez ici la solution.

-  C’est probablement en 1924 qu’il rencontre Yvonne George°, la chanteuse de music-hall. Son amour qui, selon Fraenkel, ne fut jamais partagé, inspirera de nombreux poèmes, notamment ceux qu’il dédicace "à la mystérieuse" en 1926. C’est l’occasion pour Desnos de renouer avec le lyrisme.

Voilà ce qu’écrit Antonin Artaud à Jean Paulhan dès que lui parviennent les poèmes A la mystérieuse :

-  "Je sors bouleversé d’une lecture des derniers poèmes de Desnos. Les poèmes d’amour sont ce que j’ai entendu de plus entièrement émouvant, de plus décisif en ce genre depuis des années et des années. Pas une âme qui ne se sente touchée jusque dans ses cordes les plus profondes, pas un esprit qui ne se sente ému et exalté et ne se sente confronté avec lui-même. Ce sentiment d’un amour impossible creuse le monde dans ses fondements et le force à sortir de lui-même, et on dirait qu’il lui donne la vie. Cette douleur d’un désir insatisfait ramasse toute l’idée de l’amour avec ses limites et ses fibres, et la confronte avec l’absolu de l’Espace et du Temps, et de telle manière que l’être entier s’y sente défini et intéressé. C’est aussi beau que ce que vous pouvez connaître de plus beau dans le genre, Baudelaire ou Ronsard. Et il n’est pas jusqu’à un besoin d’abstraction qui ne se sente satisfait par ces poèmes où la vie de tous les jours, où n’importe quel détail de la vie journalière prend de l’espace, et une solennité inconnue. Et il lui a fallu deux ans de piétinements et de silence pour en arriver tout de même à cela."
-  (Oeuvres complètes, Gallimard NRF, t. 1., 1979, pp. 128-129)

On retrouve également Yvonne George dans la figure de l’étoile, ou encore, quoique de façon plus confuse, dans celle de l’anémone, qui apparaîssent un peu partout dans ses poèmes.

Quant à Youki° Foujita°, avec qui il vit depuis la fin des années 20, elle est représentée par la sirène. Partagé entre ces deux amours, Desnos s’est attribué la forme de l’hippocampe. On retrouve cette flore et faune dans les grands poèmes de la fin des années 20 et du début des années 30 : Sirène-Anémone, Siramour et The night of loveless nights. Ces poèmes à la fois hermétiques et pleins de stéréotypes empruntés à la culture populaire seront vivement attaqués par André Breton.

La rupture
En effet Desnos va peu à peu distendre ses liens avec le groupe des surréalistes. Déjà en 1927, lorsque Breton, Aragon°, Éluard°, Péret et Unik justifient leur engagement politique au parti communiste, il fait partie de ceux qui proclamment l’incompatibilité de l’activité surréaliste avec une action militante au parti communiste.

Progressivement l’écart s’accentue entre Desnos et Breton : ce dernier lui reproche d’être devenu un professionnel du journalisme ou d’avoir représenté la Razon au congrès de la Presse latine à Cuba en 1928. Quand André Breton et Aragon essaient de relancer l’activité collective en 1929, Desnos s’abstient, comme Leiris°, Masson, Bataille, Limbour.

C’est en décembre 1929, lorsque paraît le Second manifeste du surréalisme, que la rupture est consommée. Breton y réserve six pages à Desnos, que nous reproduisons ici. On peut y lire notamment :

-  "Une grande complaisance envers soi-même, c’est essentiellement ce que je reproche à Desnos"

Il faut dire que Desnos avait signé auparavant, avec Georges Ribemont-Dessaignes, Georges Bataille, Jacques Prévert, Limbour, Roger Vitrac, Antonin artaud, Rhilippe Soupault, André Masson, Joseph Delteil, Un cadavre où l’on traitait Breton de "lion châtré", de "palotin du monde occidental", de faisan, de flic, de curé, de joli coco, d’esthète de basse-cour, etc...

Un peu plus tard, dans un modèle de "ligne droite en matière d’éreintage", Aragon, chargé d’exécuter définitivement Desnos, écrit, entre autres et non sans une certaine mauvaise foi, sous le titre de Corps, âmes et biens, dans Le surréalisme au service de la révolution :

"Le langage de Desnos est au moins aussi scolaire que sa sentimentalité. Il vient si peu de la vie qu’il semble impossible que Desnos parle d’une fourrure sans que ce soit du vair, de l’eau sans nommer les ondes, d’une plaine qui ne soit une steppe, et tout à l’envi. Tout le stéréotype du bagage romantique s’adjoint ici au dictionnaire épuisé du dix-huitième siècle. On dirait une vaste tinette où l’on a versé les débris des débauches poétiques de Lebrun-Ecouchard à Georges Fourest, la scorie prétentieuse de l’abbé Delille, de Jules Barbier, de Tancrède de Visan, et de Maurice Bouchor. Les lys lunaires, la marguerite du silence, la lune s’arrêtait pensive, le sonore minuit on n’en finirait plus, et encore faudrait-il relever les questions idiotes (combien de trahisons dans les guerres civiles ?) qui rivalisent avec les sphinx dont il est fait en passant une consommation angoissante. Le goût du mot mâle, les allusions à l’histoire ancienne, du refrain dans le genre larirette, les interpellations adressées à l’inanimé, aux papillons, à des demi-dieux grecs, les myosotis un peu partout, les suppositions arbitraires et cones, un emploi du pluriel (...) qui tient essentiellement du gargarisme, les images à la noix, (...) ce n’est pas la façon de s’exprimer qui vaut à ce livre d’être à proprement parler un chef d’oeuvre...’’

Comme le dirait Charles Péguy, "toute mystique dégénère en politique"... Il est bien loin le temps de la Révolution une et indivisible.

La vie continue
A partir de ce moment Desnos ne cessera plus d’être un franc-tireur.

En 1930, au moment de la crise du surréalisme, paraît Corps et biens, qui regroupe les poèmes publiés en revue de 1919 à 1929. Dans les années 30 les publications de Desnos se font plus rares. Pendant cette période, s’il ne cesse pas d’écrire, il écrit moins (un seul recueil - hors commerce - paraît : Les sans cou, en 1934). C’est que ses occupations sont diverses.

Desnos abandonne le journalisme quotidien, se bornant à donner quelques chroniques et reportages dans les hebdomadaires édités par la Nouvelle Revue Française, parce que les journaux dans lesquels il écrivait ont fait faillite ou se sont interrompus en raison de la Crise qui finit par toucher sévèrement la France. Desnos doit accepter un emploi d’agent de location chez un marchand de biens : il détecte dans Paris les appartements à louer. Ça ne doit pas être gai tous les jours, et jusqu’en 1933 la vie du couple Desnos-Foujita (ils vivent rue Lacretelle, puis, à partir de 1934, rue Mazarine) est materiellement difficile.

Mais, une autre aventure commence bientôt : celle de la Radio. C’est en 1932 en effet que Paul Deharme, l’un des maîtres de la Radio, lui offre de travailler à ses côtés. Il réalise avec lui la célèbre émission radiophonique La grande complainte de Fantomas. La musique est de Kurt Weill, Antonin Artaud assure la direction dramatique et joue le rôle de Fantômas.

Fantômas...
-  Fantômas, le bandit légendaire et redoutable, le Maître de l’épouvante, l’homme qu’aucun crime n’a jamais fait reculer, va-t-il reprendre le cours de ses exploits ? Écoutez demain à la T.S.F. la « Soirée Fantômas ».

Grâce à Armand Salacrou qui confie à Desnos la publicité de tous les produits pharmaceutiques dont il a la gestion (la Marie-Rose, le vermifuge Lune, la Quintonine, le thé des familles, le vin de Frileuse), le poète devient rédacteur publicitaire aux Studios Foniric et anime l’équipe qui invente et réalise au jour le jour les émissions diffusées sur Radio-Luxembourg et le Poste Parisien (Le salut du monde, adaptation du poème de Walt Whitman, La clé des songes). Parmi les slogans les plus fameux, on retient celui de la Marie-Rose :

L’express s’en va
Les lentes restent...
Utilisez la Marie-Rose,
La mort parfumée des poux.

ou encore

Pas de santé
Sans Thé des Familles.

L’expérience radiophonique transforme la pratique littéraire de Desnos : de "l’écrit" celle-ci se déplace vers des formes plus orales ou gestuelles. L’essentiel pour Desnos est maintenant de communiquer, et la littérature est un moyen parmi d’autres. Ainsi Desnos écrit-il diverses chansons de variété, interprétées par des gens comme le Père Varenne, Margo Lion, Marianne Oswald, Fréhel. Peu à peu ses projets deviennent plus importants : en collaboration avec le compositeur Darius Milhaud, il écrit des "cantates" comme la Cantate pour l’inauguration du Musée de l’Homme ou la Cantate pour la mise en vigueur de la loi sur le pétrole par M. Cardenas, président de la république du Mexique qui ne dépasse pas le stade du projet ; il tente même, dans les années 40, d’écrire des livrets d’opéra. Comme les rares poèmes qu’il écrit à cette époque, qui ne sont d’ailleurs souvent que des chansons déguisées, ces textes dénotent "un humanisme matérialiste fondamentalement optimiste" (M.-C. Dumas).

On est également frappé par l’intérêt de Desnos pour le cinéma pendant toutes les années trente : il ne cesse d’écrire des projets de films, des scénarios, il écrit les "lyrics" de films comme Panurge. Un seul film basé sur un scénario de Desnos sera tourné : Bonsoir Mesdames, bonsoir Messieurs de Roland Trual, sorti en 1944.

Pendant toutes les années 30 Desnos mène donc des activités essentiellement collectives, il désire toucher un vaste public sans être vulgaire, intégrer toutes les formes de la culture dans la vie quotidienne de chacun. Il travaille à faire disparaître les barrières entre les milieux cultivés et les milieux incultes. C’est qu’en même temps Desnos s’engage de plus en plus dans la politique.

la politique et la guerre
Si Desnos s’est brouillé avec Breton et ses amis en 1927 parce qu’il refusait de les suivre dans leur engagement au parti communiste, cela ne signifie pas qu’il se désintéresse de la politique. On peut le définir comme un radical-socialiste, épris de liberté et d’humanisme. Son engagement politique ne va cesser de croître dans les années 30, avec la "montée des périls". Dès 1934, il participe au mouvement frontiste et adhère aux mouvements d’intellectuels antifascistes, comme l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires ou le Comité de vigilance des Intellectuels antifascistes après les élections de mai 1936. Passionné pour la culture espagnole, il est très choqué par la guerre d’Espagne et le refus de Blum d’y engager la France. Alors que la conjoncture internationale devient de plus en plus menaçante, Desnos renonce à ses positions pacifistes : la France doit, selon lui, se préparer à la guerre, pour défendre son indépendance, sa culture et son territoire et pour faire obstacle au fascisme. Il écrit en février 1938 :

Je chante ce soir non ce que nous devons combattre
Mais ce que nous devons défendre.
Les plaisire de la vie.
Le vin qu’on boit avec les camarades.
L’amour.
Le feu en hiver.
La rivière fraîche en été.
La viande et le pain de chaque repas.
Le refrain que l’on chante en marchant sur la route.
Le lit où l’on dort.
Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain.
Le loisir.
La liberté de changer de ciel.
Le sentiment de la dignité et beaucoup d’autres choses
Dont on refuse la possession aux hommes.

Il part donc se battre sans hésitation après la déclaration de guerre :

-  J’ai décidé de retirer de la guerre tout le bonheur qu’elle peut me donner : la preuve de la santé, de la jeunesse et l’inestimable satisfaction d’emmerder Hitler. (Lettre du 20 janvier 1940 à Youki)

C’est la "drole de guerre", le choc de la découverte de la mentalité défaitiste de "l’arrière", la débacle, la défaite et le retour à Paris, maintenant occupé. Mais jamais Desnos ne sera découragé.

Desnos résistant
A Paris la vie n’est pas facile : ses activités radiophoniques se font rares et sont étroitement surveillées. Desnos accepte d’entrer comme chef des informations dans le journal d’Henri Jeanson et Robert Perrier, Aujourd’hui. Mais l’indépendance du du journal est de courte durée : Jeanson est arrêté et Aujourd’hui devient le porte-parole de l’occupant. Desnos continuera cependant d’y écrire régulièrement jusqu’en décembre 43 soit sous son nom, soit sous pseudonyme ou anonymement. Il doit ruser avec la censure, surveiller ses paroles. Comme il le dit :

Mais surtout cette activité de journaliste lui permet de couvrir ses fonctions dans le réseau de résistance AGIR auquel il appartient à partir de juillet 1942 : son rôle consiste d’un part à fournir des informations à la presse clandestine et d’autre part à rédiger et fabriquer des pièces pouvant aider des membres du réseau et des juifs.

En même temps il pariticipe à diverses publications clandestines, en publiant des poèmes comme Maréchal Ducono, où la critique du pétainisme est plus qu’évidente. Les années de guerre, années d’incertitudes, permettent à Desnos de revenir à l’activité littéraire, qu’il avait délaissée depuis 1934, date de publication des Sans Cou. C’est en 1942 en effet que paraît Fortunes. Suivent Le vin est tiré, un roman à caractère social sur la drogue, État de Veille en 1943, Contrée, Le Bain avec Andromède, Trente Chantefables pour les enfants sages en 1944, Félix Labisse et La Place de l’Étoile en 1945.

Mais le 22 février 1944 Desnos, qui, à côté de ses activités clandestines, manifestait au grand jour ses opinions, est arrêté à son domicile. C’est le début d’un long calvaire, pendant lequel, selon tous les témoignages Desnos n’a jamais perdu l’espoir et a toujours lutté contre la déchéance morale :

-  22 février 1944 : arrestation
-  22 février - 20 mars 1944 : prison de Fresnes
-  20 mars - 27 avril 1944 : camp de Royallieu à Compiègne
-  27 avril - 30 avril 1944 : il fait partie d’un convoi de 1700 hommes pour Auschwitz
-  12 mai - 14 mai 1944 : convoi pour Buchenwald
-  25 mai 1944 : reduit à un millier d’hommes le convoi gagne Flossenburg
-  2 - 3 juin 1944 : un groupe de 85 hommes est acheminé vers le camp de Flöha en Saxe, une usine de textiles désaffectée où les déportés fabriquent des carlingues de messerschmitt.

Ses Lettres à Youki écrites à Flöha témoignent de l’énergie de Desnos, tout entier tourné vers l’avenir.
Le 14 avril 1945 sous la pression des armées alliées, le kommando de Flöha est évacué. Le 15 avril, 57 d’entre eux sont fusillés. Vers la fin du mois d’avril la colonne est scindée en deux groupes : les plus épuisées - dont Desnos - sont acheminés jusqu’à Térézin, en Tchécoslovaquie, les autres sont abandonnés à eux-mêmes.
A Térézin, hospitalisé et soigné avec des moyens de fortune, Desnos est reconnu par ses soignants : Josef Stuna et Aléna Tesarova. Celle-ci évoque ainsi l’instant où Desnos entendit prononcer son nom :

Le 4 juin, vers 5 heures du matin, un nom me rejeta dans l’avant-guerre : mon collègue, qui travaillait cette nuit pour la première fois à la baraque voisine de la nôtre, vint m’annoncer qu’il existait, parmi les malades, un certain Desnos. Comme on lui demandait s’il connaissait le poète français Robert Desnos, il répondit : « Oui, oui ! Robert Desnos, poète français, c’est moi ! C’est moi ! »

Desnos est mort le 8 juin 1945, à cinq heures trente de matin.
Éluard, dans le discours qu’il prononça lors de la remise des cendres du poète, en octobre 1945 écrit :

Jusqu’à la mort, Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l’idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c’est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d’expression. Il va vers l’amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d’un peuple soumis à la prudence, à l’économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d’affranchissement et ses envolées imprévues.

Source : robert.desnos.online.fr

Cette biographie s’inspire des sources suivantes :

-  * Marie-Claire Dumas, "Vie de Robert Desnos", in Robert Desnos, Destinée arbitraire,Paris, Gallimard, 1975
-  * Marie-Claire Dumas, Robert Desnos ou l’exploration des limites, Paris, Klincksieck, 1980.
-  * Pierre Berger, Robert Desnos, Paris, Pierre Seghers éditeur, 1949 (réédition : 1960) * Michel Murat, Robert Desnos, les grands jours du poète, Paris, José Corti, 1988