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Raphaël

 
Raphaël, un nouvel album, Caravane, peut-être bien celui de la consécration pour celui qui passe pour être l’un des meilleurs espoirs du rock-pop français. Figure d’angelot et mélodies divines, Raphaël n’est pas loin du paradis.
lundi 11 avril 2005.
 
Raphaël sort un sublime album : Caravane. - 5.4 ko
Raphaël sort un sublime album : Caravane.

Le pull en jersey, l’écharpe fine négligemment nouée, les yeux bleus délavés, Raphaël vous reçoit au bar d’un grand palace parisien et vous parle rock. "Téléphone ? Je les écoutais planqué sous ma couette tard le soir, le live en boucle au casque. Bowie ? Il m’a dit des choses très gentilles sur mon album quand j’ai fait sa première partie". La trentaine à peine franchie, ce jeune blanc-bec vous parle comme un vieux briscard de la musique. Il faut dire que mine de rien, sa mine de crayon est devenue depuis trois albums une plume à succès qu’on surveille comme le lait sur le feu et qu’on espère bien voir déborder des bacs à disquaires.

Raphaël, c’est une des deux ou trois pépites sur lesquelles les majors ont misé le paquet en espérant voir rapidement arriver le retour sur investissement. Une pression que le chanteur semble maîtriser parfaitement. Peut-être est-ce la fréquentation assidue de grands anciens. Gérard Manset, papa de sa propre manageuse, Jean-Louis Aubert qui co-chanta le tube Sur la route. Aujourd’hui, la route, il la trace en Caravane avec un single du même nom qui pourrait le conduire à la station-service du succès. Ce qui paraît bien parti à l’écoute de ce nouvel album. Si on ne peut s’empêcher de penser à Saez en écoutant cette voix chevrotante et enregistrée sans effet, les compositions et les arrangements laissent entrevoir une vraie maturité musicale. "Déjà, j’étais ravi que Carlos Alomar (guitariste de Bowie) accepte de venir enregistrer avec nous, et puis le travail de Dominique Blanc-Francart est vraiment prodigieux" explique Raphaël avec enthousiasme et force détails sur sa rencontre avec l’alter ego de Ziggy Stardust.

Références

Son admiration pour les aînés passe aussi par certaines chansons qu’il leur dédie. Ainsi cette Chanson pour Patrick Dewaere, qui peut surprendre de la part d’une génération qui ignorait encore la lanterne magique lorsque l’acteur français se plombait le buffet. "C’est un type que je trouve bouleversant mais en y réfléchissant j’aurais pu aussi la dédier à Philippe Léotard. J’aime sa mélancolie et son côté totalement imprévisible. Dans sa filmographie, j’adore Préparez vos mouchoirs, il y a quelques scènes fabuleuses comme celle où il écoute Mozart avec Depardieu en admiration et en délire total". De Dewaere à Renaud, il n’y a qu’un pas. Et l’on ne peut s’empêcher de songer à la "chetron sauvage" en entendant certaines intonations de Raphaël dans des chansons comme La ballade du pauvre ou Et dans 150 ans. "Cette maxime, je la tiens de mon grand-père maternel. Un monsieur que j’adorais et qui lorsque j’avais des soucis me disait souvent : T’en fais pas, tu es triste, mais qu’est ce que cela fera dans dix ans dans cent ans, quand on ne sera plus là ? C’était sa façon de relativiser les choses et de me faire comprendre que tout n’a qu’un temps, les bonnes comme les mauvaises choses. C’était un mec très zen, génial. Cela donne une notion de la beauté et de la fragilité de la vie qui relativise tout".

Un clin d’oeil à des aïeux maroco-russo-argentins qui prend une toute autre résonance quand on entend surgir des enceintes les premiers airs de Schengen. Un espace où n’évoluent que certains privilégiés. Pour cette mélodie aussi entraînante musicalement que désespérante quant au thème, Raphaël a voulu "un peu plus de Bamako", une ambiance malienne et un peu moins de rock . "Je ne peux pas m’empêcher de penser au centre de Sangatte et de ceux qu’on reconduit en charter en Afrique. Je ne fais pas de politique et je ne prétends pas avoir de solution meilleure, je dis juste que je trouve cela abominable". Le jeune homme ne prétend en effet pas avoir la réponse à toutes les questions que des cortèges de journalistes lui posent sur la mode, les grèves lycéennes, le parfum qu’il utilise (si ! si !), le cancer du pancréas ou la constitution européenne. Il y a juste une chose dont il est sûr : c’est qu’il a bien de la chance d’être là où il est, au firmament des jeunes espoirs musicaux. Au point que la sainte polémique sur le piratage le fait sourire : "Du moment que les pirates me laissent assez pour vivre. Qu’on me vole chez un disquaire ou sur internet, quelque part cela veut dire qu’on me veut. Si on pique mon disque plutôt que celui du bac voisin, cela signifie qu’on me préfère aux autres, c’est valorisant non ?".

Par Frédéric Garat, rfi.fr

Raphaël : Caravane (Delabel / EMI) 2005