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Mathieu Boogaerts livre « Michel », un quatrième album intimiste

 
Pour la première fois depuis dix ans, Mathieu Boogaerts délaisse son tee-shirt de couleur. Sur la pochette du quatrième album, baptisé de son prénom préféré, Michel, comme pour la tournée qui vient de débuter, il quitte l’accessoire du personnage révélé en 1996 sur les images du clip Ondulé.
mardi 5 avril 2005.

Avec trois fois rien, ce fils d’antiquaire était parvenu à créer un univers ouvrant sur les fausses joies de l’enfance

 
Mathieu Boogaerts - 5.3 ko
Mathieu Boogaerts

et la difficulté à en sortir. Dans un registre voisin, Matthieu Chedid, autre enfant de divorcés, connaîtra un succès que n’espère même pas en rêve son ancien compagnon de groupe. Pour cette raison principalement, Mathieu Boogaerts, oscillant entre le sentiment d’accomplissement et celui d’échec (comme en témoigne le journal de bord livré en DVD avec le CD), songe à abandonner. Il dit qu’il est épuisé, que sa vie ne tourne qu’autour de ça, une cinquantaine de chansons en dix ans, deux heures de musique et pas grand-chose d’autre qu’il ait réussi à construire. A 34 ans, il habite encore un appartement d’étudiant, avec le regret que ses chansons restent un objet confidentiel. « Je vis pourtant bien de la musique, 3 000 euros par mois en faisant exactement ce que je veux. Mais je ne suis pas rentable. Et ça, ce n’est pas rien comme échec. »

A la criée.
Boogaerts dit aussi qu’il se sent comme une femme apprêtée qui ne se ferait jamais draguer. Durant son dernier enregistrement, il a même envisagé de rompre le contrat avec son producteur. Et Michel n’aurait pas vu le jour. Pourtant c’est bien là un superbe album, à couches multiples, à détonations lentes, d’une écriture assez fine, élégante et inspirée pour ne pas avoir besoin d’étaler ses tourments comme un vendeur à la criée. Mathieu Boogaerts ne vendra jamais autant de disques que Pascal Obispo. Et on s’en fout un peu.

Si Michel déroute à la première écoute, c’est qu’il possède un son qu’on n’a guère l’habitude d’entendre aujourd’hui. Trois ans après 2000, enregistré en groupe, Boogaerts a joué entièrement seul les parties instrumentales ­ à l’exception d’un piano, d’une batterie et d’une chorale improvisée par les filles de son label. Réalisé par Renaud Letang (Manu Chao, Alain Souchon, Feist) avec qui il fit ses débuts, ce nouvel album présente la fragilité d’un croquis sur lequel on ajouterait quelques couleurs, disons des jaunes orangés. L’exigence se situe ici davantage dans l’intention que dans une perfection de jeu ayant une précision d’ordinateur. Et c’est cela, une batterie sur un coin de table, une guitare semblant suivre le libre tempo du chanteur, qui donne une sensation organique aux chansons de Michel.

Perles.
Ce dénuement, apparent dans la mesure où il fourmille de détails, accompagne l’évolution depuis l’album 2000 d’un chanteur dégagé des effets de style et des métaphores alambiquées. Il se livre ainsi sans écran. S’enchaînant dans une économie de rimes comme marabout-bout d’ficelle, les douze petites perles de Michel, comme autant de variations reggae, disent les peurs d’enfant dans le noir, la crainte de lâcher la main aimée, ou celle des sonneries dans le vide, tout autant que les espoirs de rompre l’éloignement à travers une carte postale ou un message à une réception d’hôtel Ñ « Si, je l’ai suivie encore/Même jusqu’à là-bas/J’étais à moitié mort, elle me voyait pas/Mais là, tout au bord c’était bien moi. »

Allô maman bobo ? Pas loin. Mais pas tout à fait. Depuis sa retraite monastique à Barcelone, puis à Berlin, Mathieu Boogaerts, qui écrivait jusqu’à présent en Afrique, restitue cette voix qu’on finit par ne plus percevoir, dans le bruit des radios, des télés et des têtes de gondole. C’est le son du vent, des arbres et des vagues.

Entendre ça n’est pas si fréquent.

Par Ludovic PERRIN, liberation.fr

Mathieu Boogaerts
-  CD : « Michel » (Tôt ou Tard/Wea).
-  En concert le 8 à Orléans, à l’Astrolabe, et le 9 à Nanterre.