Portail de la Poésie et de la Culture
 
 

Dans « Private », Saverio Costanzo évoque la difficile cohabitation israélo-palestinienne

 
Dans Private, Mohammad (Mohammad Bakri), sa femme (Arren Omari) et leurs cinq enfants vivent dans une maison située dans un no man’s land, entre un village palestinien et une colonie israélienne.
jeudi 7 avril 2005.

Le lieu stratégique est réquisitionné par l’armée. Pour Mohammad, il n’est pas question de partir. Pour cet homme lettré, professeur d’anglais, rester est une forme de résistance. Les soldats divisent alors la demeure en deux, obligeant la famille à s’installer au rez-de-chaussée. Cohabitation difficile. Tensions inévitables. Peur à tous les étages. Surtout que les membres de la famille de Mohammad réagissent à la situation de façon différente.

(JPEG)
Private

Avec Private, Saverio Costanzo réalise un premier long-métrage en forme de métaphore sur la situation dans les territoires occupés. La maison comme symbole de l’occupation. Qu’est-ce qui a conduit ce Romain de trente ans à évoquer un conflit qui n’est pas le sien ? « Ce n’est pas mon pays, ce n’est pas mon combat, reconnaît le cinéaste.

Ce film, inspiré d’une histoire vraie, est simplement le fruit du hasard. Lors d’un séjour en Israël, une amie et journaliste italienne m’a parlé de cette famille palestinienne dont la maison, au sud de Gaza, est occupée par une troupe de l’armée israélienne depuis 1992. Lorsque nous sommes allés leur rendre visite, j’ai été frappé par cette cohabitation paradoxale, absurde, symbolique. Et impressionné par la personnalité du père. C’est un vrai pacifiste, incapable de haïr ces soldats qui occupent le second étage de sa maison. Il les considère comme les victimes de la même guerre. Il a toujours refusé d’être un réfugié. Il ne voulait par reproduire la même erreur que celle de son père qui, dans sa jeunesse, avait été obligé d’abandonner sa maison. »

Saverio Costanzo avait d’abord songé à raconter cette histoire sous l’angle documentaire. « Mohammad m’en a dissuadé. Trop dangereux pour moi comme pour eux d’habiter dans leur maison et de les filmer. C’est lui qui m’a suggéré l’idée d’en faire une fiction. » Pendant quatre mois, Costanzo a passé des journées entières à interroger le père et sa fille Mariam. « Ils étaient les seuls à bien parler anglais. Chez Mariam, il y a la volonté de comprendre l’autre, à voir ce qui se cache derrière l’uniforme. En cela, elle ressemble beaucoup à son père. En revanche, j’ai senti chez Jamal, le plus jeune fils, une haine qui ne demande qu’à s’exprimer. Mohammad en est tout à fait conscient. Et il espère que cette violence n’explosera jamais. »

Pour des raisons de sécurité, Private a été tourné en Calabre, avec des acteurs israéliens et palestiniens. « Il y a eu de véritables tensions à cause de certaines scènes... Comme au cours d’un processus de paix, il a fallu trouver des compromis pour arriver à s’ajuster. » Pense-t-il avoir réussi à être impartial ? « J’ai été un observateur et je crois avoir été objectif. Mais le jugement politique est clair, il s’inscrit contre l’occupation des territoires, du point de vue palestinien et israélien. Je considère que, en s’impliquant dans Private, les acteurs israéliens ont fait part de leur engagement politique. Lior Miller, qui incarne le commandant Ofer, a lui-même été commandant dans l’unité des Forces spéciales de l’armée israélienne pendant trois ans et il nous a confié avoir vécu le même genre de situation ».

Dans son prochain film, Le Parfait Jésuite, Saverio Costanzo évoquera de nouveau le thème de la liberté. « En entrant chez les Jésuites, un jeune homme pense trouver la vraie liberté en renonçant au monde. Le tournage se déroulera également dans un lieu unique. » Et l’histoire est vraie, encore une fois.

Par Emmanuèle Frois, lefigaro.fr