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Arthur Rimbaud : Biographie

 
lundi 7 février 2005.

Arthur Rimbaud - Biographie

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Arthur Rimbaud

- 1854 -

Naissance de Jean-Nicolas Arthur Rimbaud,le 20 octobre à Charleville dans les Ardennes.

Son père, Frédéric Rimbaud, est capitaine d’infanterie et vagabonde avec son unité. Sa mère, Vitalie Cuif, fille de petits propriétaires ardennais installés à Roche,près d’Attigny a un goût inné de l’autorité.

Son mari la délaissera puis l’abandonnera définitivement après lui avoir donné cinq enfants : Frédéric, d’un an plus âgé qu’Arthur (il finira sa vie comme conducteur d’omnibus), Vitalie (née en 1858),Isabelle (née en 1860), ainsi qu’une autre fille née en 1857 mais morte, en bas âge

- 1862-

Rimbaud entre, en octobre, comme externe à l’ Institut Rossat. Dans cette école fréquentée par les enfants de la bourgeoisie de Charleville, il griffonne ses premiers écrits.

- 1865 -

A Pâques, Arthur entre en septième au collège de Charleville, et passe en sixième en octobre. Il fait sa première communion quelques mois plus tard.

- 1866 -

Les dons précoces et la maturité de Rimbaud incitent ses professeurs à le dispenser d’une classe de cinquième. En octobre, il entre directement en quatrième.

-1868 -

Rimbaud envoie dans le plus grand secret une ode latine au Prince Impérial qui fait sa première communion.

- 1869 -

Virtuose dans la composition de vers latins, Rimbaud voit trois de ses compositions publiées dans "Le Moniteur de l’Enseignement secondaire". L’une d’elles, Jugurtha ,lui vaut le premier prix du Concours académique. Rimbaud compose la même année Les étrennes des orphelins, premiers vers français que nous lui connaissons. La "Revue Pour Tous" les publiera au début de l’année suivante.

- 1870 -

Rimbaud entre en rhétorique et se lie d’amitié avec son professeur, Georges Izambard, âgé de vingt-deux ans, qui lui fait découvrir Rabelais, Victor Hugo, Théodore de Banville.

C’est à ce dernier que Rimbaud envoie, le 24 mai, trois de ses poèmes : Sensation, Ophélie et Credo in unam (intitulé plus tard Soleil et Chair). Rimbaud nourrit l’espoir d’être publié dans " Le Parnasse Contemporain", mais son envoi demeurera sans réponse. Il aura plus de chance avec l’hebdomadaire satirique "La Charge" qui en août lui publiera Trois Baisers (devenu par la suite Première soirée).

En juillet, il compose Morts de Quatre-vingt-douze, poème qui s’en prend à un article du journal "Le Pays", d’un patriotisme déplacé. Rimbaud remet son poème à Izambard le 18 juillet. Le lendemain, la France et la Prusse entrent en guerre. On ne tarde pas à apprendre la piètre victoire de Sarrebruck montée en épingle par l’Empereur, ainsi que les premiers revers de l’armée française.

Le 29 août, Rimbaud décide de partir sans autorisation à Paris. La ligne directe est coupée. Rimbaud se voit donc obligé de passer par Charleroi. II espère assister à la chute du gouvernement impérial. En fait, arrivé à Paris, il est aussitôt incarcéré à la prison de Mazas ; on craignait qu’il ne fut un espion. Arthur lance un appel désespéré à Izambard "Faites tout ce que vous pourrez" qui parvient à le faire libérer quelques jours plus tard et s’efforce de calmer les foudres de Mme Rimbaud.

Avant de regagner Charleville, Rimbaud passe une partie du mois de septembre à Douai, chez les demoiselles Gindre, amies de la famille Izambard.

C’est là qu’il commence à recopier, sur de grandes feuilles de papier, des poèmes, qu’il destine à Paul Demeny, jeune poète douaisien qu’lzambard vient de lui faire connaitre.

Mme Rimbaud exige le retour d’Arthur à Charleville. Mais, à peine revenu, le poète ne songe déjà qu’à fuir. Le 7 octobre, il part pour Charleroi où il espère devenir journaliste. Déçu dans ses espérances, il gagne Bruxelles, puis se rabat sur Douai où il finit de recopier le recueil de vingt-deux poèmes qu’il confiera à Demeny. La seconde partie du recueil comprend des pièces inspirées par sa récente fugue Au Cabaret- Vert,La Maline, Ma Bohême .

En novembre, retour à Charleville. Pendant l’hiver 1870-1871, ponctué par les bombardements de Charleville et de Mézières, Rimbaud fréquente assidument la bibliothèque municipale où il lit les socialistes français (Proudhon, Babeuf, Louis Blanc, Saint-Simon), les historiens (Thiers,Michelet), des romans, des ouvrages d’occultisme. Il écrit Les Assis.

- 1871 -

Le 25 février, Rimbaud gagne Paris par le train ; c’est sa troisième fugue. Il erre une quinzaine de jours dans les rues de la capitale, sans argent. Finalement,il revient à pied à Charleville, à travers les lignes ennemies. Le 18 mars, Rimbaud apprend avec allégresse l’établissement de la Commune à Paris. Il manifeste aussitôt ses sentiments "communards". Pipe au bec, gouailleur et insolent, il se plait à crier devant bourgeois et boutiquiers :"L’ordre est vaincu !". Un doute demeure sur la participation effective de Rimbaud à la Commune. Etait-il à Paris le 23 ou le 24 mai ? Rien n’est moins sûr. Toujours est-il que ses poèmes expriment sa vive passion communarde. Les Mains de Jeanne-Marie, Paris se repeuple.

Le 13 et le 15 mai, Rimbaud écrit deux lettres capitales.

La première, adressée à Izambard, s’en prend au professeur qui roule dans la bonne ornière. Lui, Rimbaud, a décidé de " s’encrapuler "." Pourquoi ? je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant... Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. "

La seconde lettre est envoyée à Paul Demeny ; ii s’agit de la célèbre lettre dite du voyant dans laquelle Rimbaud pr&oorc;ne une poétique nouvelle. Ces deux lettres sont le signal du bouleversement radical de l’esthétique rimbaldienne.

Rimbaud écrira d’ailleurs le 10 juin à Demeny pour lui demander de brûler tous les poèmes qu’il lui avait adressés en octobre 1870. Il lui envoie en échange ses nouvelles créations : Les Poètes de sept ans, Les Pauvres à l’église et Le Coeur du Pitre (intitulé plus tard Le Coeur volé).

Dans le même temps, Rimbaud traverse une violente crise d’anticléricalisme et d’antichristianisme. Rimbaud envoie, le 15 août, à Banville, Ce qu’on dit au poète à propos de fleurs, poème qui se moque habilement des thèmes parnassiens.

Rimbaud vient alors de faire la connaissance d’un employé aux contributions indirectes de Charleville ; il s’appelle Bretagne, est passionné de poésie et à connu Verlaine à Arras. Il se propose de mettre Rimbaud en rapport avec le poète saturnien. L’offre est acceptée avec enthousiasme, et Rimbaud rédige une longue lettre dans laquelle il glisse quelques poèmes.

Impatient, il écrit de nouveau et joint Mes Petites Amoureuses, Paris se repeuple et Les Premieres Communions. La réponse de Verlaine arrive enfin, admirative et enthousiaste. Verlaine veut faire venir le jeune poète à Paris et entend consulter ses amis pour lui assurer un séjour convenable.

A la mi-septembre, tout est prêt. " Venez, chère grande âme, on vous appelle on vous attend ", lui écrit Verlaine. Rimbaud débarque à Paris fin septembre. Il loge d’abord chez les beaux-parents de Verlaine. Jugé vite indésirable, il est obligé de trouver refuge chez divers amis de Verlaine (Charles Cros, Forain, Banville). Rimbaud participe avec Verlaine aux réunions du Cercle Zutique qui tient ses assises à l’hôtel des Etrangers, boulevard Saint-Michel, à l’angle de la rue Racine. Les membres du Cercle parmi lesquels on compte Mérat, Valade, Richepin, Ponchon, Charles Cros, Gill, le musicien Cabaner - composent sur un Livre d’Or des pastiches de poètes célèbres ou s’imitent les uns les autres.

Rimbaud collabore largement à ce qu’on appellera l’Album Zutique.Dans ce Cercle où l’on peut boire, lire et chanter, Rimbaud fait vraisemblablement la découverte du hachisch. Cependant, agressif et maussade,Arthur n’est guère apprécié. Il se fera d’ailleurs mettre à la porte du Cercle pour s’être vanté d’avoir fait à Cabanerune farce d’un goût douteux.

- 1872 -

Rimbaud et Verlaine hantent les cafés du Quartier Latin, mènent une vie dissolue qui provoque la colère de Mme Verlaine.

Cette dernière n’était qu’une jeune fille de seize ans, Mathilde Mauté, lorsqu’elle avait, l’année précédente, épousé Verlaine, son ainé de dix ans. Elle lui avait donné un fils, en octobre dernier, peu après l’arrivée de Rimbaud. Depuis lors, le couple était en proie à de nombreuses disputes, motivées par les retours tardifs de Verlaine.

En janvier, sur les conseils de ses parents qui vivent sous le même toit, Mathilde décide de partir avec son fils à Périgueux.

Vexé, Verlaine lui écrit une lettre suppliante. Mathilde lui fait savoir qu’elle n’acceptera de rentrer que si Rimbaud est renvoyé. En mars, Rimbaud regagne les Ardennes. Mais Verlaine nourrit l’espoir de faire revenir son ami à Paris. Il se fait humble avec lui et l’appelle, dans une lettre, " Cher Rimbe bien gentil ".

En mai, Rimbaud revient à Paris où il compose ses vers "dernière manière " en rupture avec la prosodie traditionnelle : La Rivière de Cassis, Comédie de la soif, Bonne pensée du matin, Fêtes de la patience, Chanson de la plus haute tour.. Le 7 juillet, Arthur décide de partir en Belgique. Verlaine qui depuis quelque temps ne cesse d’être pris entre un beau-père guindé et une femme chagrine, opte alors pour la fuite et obéit à l’ultimatum de Rimbaud : " Tu vas venir avec moi, autrement nous ne nous reverrons plus. "

L’escapade mêne les deux amis à Bruxelles. Pendant ce temps, Mathilde découvre à Paris les lettres que Rimbaud a adressées à son mari de février à mai ; elle comprend qu’elle a été jouée et décide d’aller à Bruxelles arracher Verlaine aux griffes du démon. Verlaine accepte de rentrer à Paris, mais finalement s’esquive. Rimbaud et Verlaine s’embarquent, le 4 septembre, pour l’Angleterre. Ils étudient l’anglais, errent dans Londres et ses faubourgs. Leur misère va s’accentuant. De son côté, Verlaine ne cesse d’être tourmenté par le procès en séparation de corps que sa femme vient de lui intenter. Rimbaud retrouve les Ardennes à la fin du mois de décembre.

- 1873 -
Rimbaud reçoit, à la mi-janvier, une lettre de Verlaine qui se dit malade et mourant de désespoir à Londres. Mme Verlaine mère, prompte à tout faire pour son fils, accourt à son chevet. Elle procure à Rimbaud l’argent nécessaire au voyage.

A l’arrivée de son ami, Verlaine va mieux, mais il ne tarde pas à être de nouveau tourmenté par l’idée d’une réconciliation avec sa femme. Rimbaud se lasse des hésitations de Verlaine, prend une carte de lecteur au British Museum et se plonge dans l’étude.

En avril, Verlaine et Rimbaud passent en Belgique. Peu après, Rimbaud, sans ressources, rentre à la ferme familiale de Roche. C’est là qu’il commence à rédiger le Livre païen ? ou Livre nègre qui deviendra quelques mois plus tard Une saison en enfer. Rimbaud s’ennuie à Roche (" Quelle horreur que cette campagne française "), mais se ménage quelques rencontres dominicales avec Delahaye et Verlaine ; elles ont généralement lieu à Bouillon, à la frontière franco-belge.

C’est là que le 25 mai, Verlaine propose à Rimbaud de repartir pour l’Angleterre. Sans perdre de temps, les deux poètes s’embarquent pour l’Angleterre et retrouvent Londres. La vie paisible des premiers jours ne dure pas. Le désespoir refoulé de Verlaine sourd parfois et agace Rimbaud qui devient de plus en plus irritable. C’est pourtant Verlaine qui, le 3 juillet, à la suite d’une querelle, prend l’initiative d’une rupture. Il laisse Rimbaud sans un sou à Londres et gagne la Belgique avec l’espoir toujours vivant de renouer avec sa femme.

La souffrance de Rimbaud est grande. Il écrit à Verlaine : " Reviens, cher ami, seul ami, reviens... Nous avons vécu deux ans ensemble pour arriver à cette heure-là ?... Si je ne dois plus te revoir, je m’engagerai dans la marine ou l’armée ".

Dans une lettre, vraisemblablement écrite sur le bateau qui le mène en Belgique, Verlaine confirme à Rimbaud sa ferme intention de rompre avec lui et lui confie : " Si d’ici à trois jours je ne suis pas avec ma femme dans des conditions parfaites, je me brûle la gueule". Rimbaud lui répond avec cynisme : " Ta femme ne viendra pas, ou viendra dans trois mois, trois ans, que sais-je ? Quant à claquer, je te connais. "

De fait, Verlaine ne se tuera pas, et sa femme restera insensible au chantage suicidaire. Alors, dépité et désespéré, il se retourne vers Rimbaud, lui écrit, l’appelle.

Arthur arrive à Bruxelles le 8 juillet, mais ne tarde pas à être irrité par le projet de Verlaine d’aller à Paris arracher le pardon de sa femme. Rimbaud menace, lui aussi, d’aller à Paris. Le 10, la discussion s’envenime. Verlaine, exaspéré et quelque peu émêché, tire deux coups de feu sur son ami. Une balle atteint Rimbaud au poignet.

Après quelque affolement, le blessé est conduit par Verlaine et sa mère à l’hôpital Saint-Jean où il est pansé.

Mme Verlaine persuade son fils de laisser partir Rimbaud qui y est plus que jamais résolu. Mais, sur le trajet qui mène le trio à la gare du Midi, Verlaine porte la main à la poche où se trouve son revolver. Rimbaud s’affole et trouve la protection d’un agent de police.

Bien qu’Arthur se soit refusé à porter plainte, l’affaire se trouve aux mains de la justice belge qui condamnera Verlaine à deux ans de prison. La blessure de Rimbaud est légère. Le poète, un bras en écharpe, peut sortir de l’hôpital le 20 juillet. Il serait alors rentré à Roche et, enfermé dans un grenier, aurait achevé de composer Une saison en enfer.

Rimbaud confiera bientôt l’impression de son ouvrage à un imprimeur bruxellois, Jacques Poot, mais se verra contraint, faute d’argent, d’abandonner l’édition de son livre dont quelques rares exemplaires ont été adressés à ses amis.

En octobre, Rimbaud vient à Bruxelles prendre livraison de ses quelques exemplaires d’auteur. Il dépose peut-être alors à la conciergerie de la prison de Bruxelles un exemplaire dédicacé à Verlaine qui, de son côté, rêve toujours de concilier l’amour de sa femme et l’amitié de Rimbaud. C’est à Roche que Rimbaud passe l’hiver. Vers la fin de cette année 1873, Rimbaud semble s’être lié d’amitié avec Germain Nouveau, poète provençal de vingt-deux ans qui a fréquenté le Cercle Zutique.

- 1874 -

En mars, Rimbaud se trouve à Londres, en compagnie de Germain Nouveau qui l’aide à copier des poèmes d’Illuminations. Mais Nouveau ne veut pas lier son destin à celui de Rimbaud et décide en avril de rentrer à Paris. Rimbaud se retrouve seul et désemparé. Il donne des leçons de français dans quelques écoles. Il revient passer la fin de l’année dans les Ardennes.

- 1875 -

Rimbaud part en janvier pour l’Allemagne afin d’y apprendre la langue. Il trouve un emploi de précepteur à Stuttgart. Pendant ce temps, Verlaine vient de sortir de prison. Il n’a cessé d’être tenu au courant des allées et venues de son ancien ami par Delahaye.

Verlaine, qui est revenu aux pratiques catholiques, décide de se rendre à Stuttgart ; il veut à la fois reconquérir une amitié et sauver une âme. " Verlaine est arrivé ici l’autre jour, un chapelet aux pinces " confiera plus tard Rimbaud à Delahaye. En fait, l’attitude de Verlaine irrite fortement Rimbaud qui, au bout de quelques deux jours, le congédie.

En mai, Rimbaud quitte l’Allemagne, pour la Suisse et pénètre à pied en Italie. Il arrive a` Milan, complètement malade.

Rimbaud reprend en juin sa route vers le sud, dans l’espoir peut-être de s’embarquer pour l’Afrique. Mais, terrassé par une insolation sur la route de Livourne à Sienne, Rimbaud est rapatrié à Marseille par le consulat français. Il veut s’enrôler dans l’armée carliste, mais ne donne pas suite à son projet et remonte à Paris en juillet, avant de retrouver en octobre Charleville. Le 18 décembre, il a la douleur de voir s’éteindre sa soeur Vitalie.

- 1876 -

Rimbaud se rend à Vienne, voyage malheureux au cours duquel il se fait dévaliser puis expulser d’Autriche. Arthur pourtant ne se décourage pas. Il repart vers la Hollande et signe, le 19 mai, à Harderwijk un engagement de six ans dans l’armée coloniale hollandaise. Mercenaire étranger,il est chargé d’aller rétablir l’ordre au coeur de Java.

Il s’embarque le 10 juin et arrive à Batavia (aujourd’hui Djakarta) le 19 juillet. Mais, au bout de quelques semaines, Rimbaud déserte et s’embarque sur un voilier anglais qui regagne l’Europe. Il est à Charleville à la fin du mois de décembre.

Le 28 janvier suivant, Delahaye pourra résumer ainsi le périple rimbaldien : " IL EST REVENU... d’un petit voyage ; presque rien. Voilà les stations : Bruxelles,Rotterdam,Le Heider, Southampton, Gibraltar, Naples, Suez, Aden, Sumatra, Java (deux mois de séjour), Le Cap, Sainte-Hé1ène, Ascension, les Açores,Queenstown, Cork (en Irlande), Liverpool, Le Havre, Paris, et toujours pour finir...Charlestown".

- 1877 -

Rimbaud rêve à de nouvelles évasions. Au printemps, il se rend à Brême puis à Hambourg où il trouve, semble-t-il, un emploi d’interprête au cirque Loisset avec lequel il parcourt la Suède et le Danemark. Il revient quelque temps à Charleville avant de tenter une autre évasion. Cette fois, on le trouve à Marseille d’où il s’embarque en septembre pour Alexandrie. Mais, malade à bord, il est débarqué à Civita-Vecchia. Il en profite pour visiter Rome, mais revient finalement passer l’hiver dans les Ardennes.

- 1878 -

Au printemps, Rimbaud éprouve une nouvelle fois le besoin de fuir. Se rend-il à Hambourg dans le but de gagner l’Orient ? Fait-il le tour de la Suisse ? On l’ignore. Toujours est-il que Rimbaud se replie sur Roche où il passe l’été. Le 20 octobre, il repart. Il traverse A pied les Vosges, la Suisse et le Saint-Gothard. A Lugano, il prend le train pour Gênes, d’où il s’embarque pour Alexandrie. De là, il gagne à la fin de l’année l’Ile de Chypre où il trouve un emploi de chef de chantier au service d’une maison française. Rimbaud aime la dure chaleur de la côte désertique, mais ne peut longtemps la supporter. Bientôt, la fièvre typhoïde l’abat.

- 1879 -

En juin, Rimbaud, malade, est contraint de regagner précipitamment la France. Il revient à Roche où l’on diagnostique sa fièvre typhoïde. Il se soigne et travaille à la ferme.

A Delahaye qui vient lui rendre visite, Rimbaud dit son détachement de la littérature "Je ne pense plus à ça".

- 1880 -

Rimbaud regagne Chypre au printemps. Il est embauché dans une entreprise chargée d’édifier sur le mont Troodos, à 2 000 mètres d’altitude, un palais destiné au gouverneur britannique. Mais Rimbaud démissionne de son poste et abandonne l’Ile en juillet. Il s’embarque pour l’Egypte et gagne Aden en août. Il trouve un emploi à la maison Viannay, Mazeran, Bardey et Cie. Cette maison, spécialisée dans le commerce des peaux et du café, vient d’ouvrir une succursale à Harrar, ville de l’Islam où peu de Blancs ont pénétré. Rimbaud accepte de s’en charger. Il arrive le 13 décembre à Harrar après vingt jours de cheval dans le désert somali . L’horizon africain vient de s’ouvrir à Rimbaud qui ne le quittera que dix ans plus tard, pour aller mourir en France.

- 1881 -
Rimbaud est acheteur pour le compte de la maison Bardey. D’abord enthousiaste et plein d’optimisme, il commence peu à peu à s’ennuyer, à se plaindre du climat, à se heurter à la jalousie des négociants. " On ne peut s’imaginer une autre vie avec un ennui plus grand que celle-ci ! " écrit-il dans une lettre du 25 mai. Rimbaud souffre du vide intellectuel. Il charge sa mère, à qui il vient de confier ses économies, de lui faire parvenir des ouvrages techniques, divers instruments, un appareil photographique. Il rêve d’explorations. En juin-juillet, il fait une expédition A Bubassa, mais n’en rapporte que fièvre et fatigues. Rimbaud se lasse de Harrar, s’exaspère des retards du courrier, à des démélés avec ses patrons. En décembre, il quitte Harrar pour Aden.

- 1882 -

Rimbaud continue de travailler à Aden au service de la maison Bardey. "Je trime comme un &aacirc;ne dans un pays pour lequel j’ai une horreur indicible ", écrit-il dans une de ses lettres qui sont autant de plaintes.

- 1883 -

Rimbaud repart d’Aden pour Harrar où la maison Bardey le charge d’entreprendre quelques explorations dans le Somali et le pays Galla. Rimbaud décide de reconnaitre la province mal connue de l’Ogadine. Il y pénètre en août et rédige peu après un brillant rapport d’ensemble sur la région. Cette étude sera publiée l’année suivante dans le bulletin de la Société de Géographie.

- 1884 -

La maison Bardey, en difficulté, se voit contrainte de liquider. Rimbaud reprend en avril la route d’Aden où il demeure au chômage, désespéré de voir s’amenuiser ses économies.

Par chance, Bardey, qui a réussi à monter une nouvelle affaire, engage Rimbaud pour six mois, jusqu’à la fin de l’année.

- 1885 -

Rimbaud signe en janvier un nouveau contrat d’un an avec la maison Bardey. Lorsque, en octobre,il entend parler d’une mirifique affaire d’importation d’armes dans le Choa, il n’hésite pas à dénoncer son contrat et à engager tout son avoir dans l’affaire. Il s’agit de revendre cinq fois plus cher à Ménélik, roi du Choa, des fusils achetés à Liège. Rimbaud se voit déjà à la tête d’une fortune. Mais les premières complications apparaissent. Parti en novembre pour Tadjourah afin de prendre livraison des fusils et d’organiser une caravane qui les acheminera jusqu’au roi, Rimbaud est bloqué plusieurs mois par une grève des chameliers.

- 1886 -

En avril, la caravane est prête à partir quand Rimbaud, apprend l’ordre transmis par le gouverneur d’Obock : à la suite d’accords franco-anglais, toute importation d’armes est désormais interdite dans le Choa. Rimbaud enfouit son stock dans le sable afin d’éviter une saisie. Il se plaint auprès du ministère des Affaires étrangères, fait diverses démarches.

Enfin, il apprend en juin qu’une expédition scientifique italienne est autorisée à pénétrer dans le pays. Il va s’arranger pour pouvoir se joindre à elle. Malgré l’abandon forcé de Pierre Labatut, principal instigateur de l’affaire, et la mort de l’explorateur Soleillet, Rimbaud prend en septembre la tête de la périlleuse expédition. Une chaleur de 70 degrés pèse sur la route qui mène à Ankober, résidence de Ménélik. Rimbaud ignore que, pendant ce temps, La Vogue publie en France des vers de lui et une grande partie des Illuminations.

- 1887 -

Rimbaud arrive à Ankober le 6 février, mais le roi est absent. Il doit alors gagner Antotto, à 120 kilomêtres de là. Le roi l’y reçoit, accepte les fusils mais fait des difficultés au moment de payer ; il entend déduire de la facture les sommes que Labatut mort récemment d’un cancer lui devait, et invite Rimbaud à se faire rêgler le reste par Makonen, le nouveau gouverneur de Harrar. Rimbaud fait donc route vers Harrar, en compagnie de 1’explorateur Jules Borelli. Il parvient à se faire payer par Makonen, mais au total il n’a rien gagné sinon " vingt et un mois de fatigues atroces ". Il se rend en août au Caire afin de prendre quelque repos ; il est alors épuisé, vieilli, malade. " J’ai les cheveux absolument gris. Je me figure que mon existence périclite ",écrit-il à sa famille, le 25 août.

Il se plaint de rhumatismes et son genou gauche le fait souffrir. Il a cependant assez de courage pour faire paraitre dans le journal Le Bosphore égyptien une étude traitant de l’intérêt économique du Choa. Cet interessant travail sera transmis à la Société de Géographie. Rimbaud songe un moment à se rendre à Zanzibar, puis à Beyrouth, mais finalement un procès, lié à l’affaire Ménélik, le rappelle en octobre à Aden où il tente encore, mais sans succès, de faire du commerce.

- 1888 -

Rimbaud est à Aden au début de l’année. En mars, il accepte de convoyer une cargaison de fusils vers Harrar, mais il renonce à une seconde expédition. Peu de temps après, il fait la connaissance d’un important commerçant d’Aden, César Tian, qui lui offre un poste de représentation à Harrar. Rimbaud accepte, d’autant plus qu’il aura la possibilité de travailler pour son compte personnel. Pendant trois ans, Rimbaud va se livrer à son harassant métier ; il importe, exporte, mène ses caravanes à la côte. Pourtant, il s’ennuie beaucoup et n’a pour relations que la petite poignée d’Européens fixés ou de passage dans le pays. Il entretient d’ailleurs avec eux une importante correspondence.

- 1891 -

Rimbaud est atteint, en février, d’une tumeur au genou droit, tumeur cancéreuse aggravée par une ancienne siphylis.

Le 15 mars, il ne peut plus se lever et doit se faire transporter à Zeilah sur une civière. Il s’embarque pour Aden d’où il écrit aux siens : " Je suis devenu un squelette : je fais peur." Le 9 mai, il se fait rapatrier. Il arrive le 22 mai à Marseille où il est admis à l’hôpital de la Conception. Le mal est si grave que l’amputation immédiate de la jambe s’avère être nécessaire. La mère de Rimbaud accourt à Marseille le 23 mai.

Le 25, l’opération a lieu. Rimbaud est désespéré. " Notre vie est une misère, une misère sans fin. Pourquoi donc existons-nous ? " écrit-il le 23 juin.

A la fin du mois de juillet, Rimbaud, qui en a assez de l’hôpital, retourne à Roche où sa soeur Isabelle le soigne avec dévouement. Cependant la maladie progresse et l’incite a revenir à Marseille où il compte sur les bienfaits du soleil et aussi sur la possibilité d’un retour en Afrique où ses amis l’appellent.

Il arrive à Marseille à la fin août, en compagnie d’Isabelle qui l’assistera jusqu’à sa mort. Il doit aussitôt retourner à l’hôpital de la Conception. Son état empire ; il se désespère. Après une courte période de rémission, Rimbaud connait plusieurs semaines d’atroces souffrances. Sa soeur, après de vaines tentatives, parvient à lui faire accepter la visite d’un aumonier qui en conclura bien légèrement à la foi du moribond.

La veille de sa mort, il dicte, dans un dernier sursaut, une lettre adressée au directeur des Messageries maritimes : " Je suis complêtement paralysé, donc je désire me trouver de bonne heure à bord, dites-moi à quelle heure je dois être transporté à bord."

Rimbaud meurt le 10 novembre. Il est âgé de trente-sept ans. Il sera enterré le 14 au cimetière de Charleville.

Source : ac-grenoble.fr