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Saul Bellow est mort

 
L’écrivain américain Saul Bellow, prix Nobel de littérature en 1976, géant de la littérature du 20e siècle, mais aussi chef de file de l’école des romanciers juifs américains à l’humour corrosif, est mort mardi à l’âge de 89 ans.
mercredi 6 avril 2005.
 
Saul Bellow , prix Nobel de littérature en 1976 est mort. - 4 ko
Saul Bellow , prix Nobel de littérature en 1976 est mort.

L’écrivain Saul Bellow, grand nom de la littérature américaine du XXe siècle, est mort mardi à 89 ans à son domicile de Brookline, dans le Massachusetts. Il avait reçu le prix Nobel de littérature en 1976 pour sa « compréhension de l’âme humaine » et sa « subtile analyse de la culture contemporaine ».

Né Solomon Bellows dans la banlieue de Montréal le 10 juin 1915 de parents juifs émigrés de Saint-Petersbourg, il déménage à 9 ans avec sa famille à Chicago, une ville qui revient beaucoup dans son œuvre. Sa mère souhaite qu’il devienne érudit talmudique, et le jeune Saul Bellow sait lire l’hébreu avant d’entrer en maternelle. Mais son désir de devenir écrivain l’emporte. « Depuis ma plus tendre enfance, j’avais la conviction que j’étais là pour écrire certaines choses et à partir de l’âge de 13 ans, j’ai commencé à m’y atteler », racontait-il dans une interview accordée au « Guardian » en 1997. Diplômé de sociologie et d’anthropologie à l’université de Chicago en 1937, il enseigne ensuite à l’université du Wisconsin et commence à écrire. Son premier succès, « Les aventures d’Augie March », est lauréat du prix littéraire National Book Award en 1953.

Brillant et ironique
Le thème de la mort hante ses ouvrages, lui qui par deux fois, la frôle de très près. A huit ans, il reste hospitalisé pendant six mois pour une infection respiratoire. En 1995, une intoxication alimentaire affecte son système nerveux. Il passe cinq semaines en soins intensifs et met une année à se rétablir.

Son premier best-seller date de 1964 avec « Herzog » ou l’autobiographie d’un Américain névrosé des années 60, aux prises avec la société. Hanté par les tourments, sollicité par les femmes qui sont autant d’énigmes, il finit par flirter avec la folie. Il traite également des problèmes de la minorité judéo-américaine et aborde la société américaine ou les rapports hommes-femmes. Bellow impose son style : brillant, ironique et extrêmement drôle. Le plus grand succès critique de Bellow est « Humboldt’s Gift », paru en 1975, qui lui vaudra son prix Nobel et le prix Pulitzer. Dans un de ses derniers romans datant de 1997, « Une affinité véritable », Bellow qui est alors professeur à Boston, fustige avec impertinence le « cretinus americanus » et s’acharne à ridiculiser la dictature du « politiquement correct » qui faisait ravage sur les campus américains.

Prolixe
Saul Bellow s’est marié à cinq reprises et a eu quatre enfants de quatre femmes différentes. Interrogé, toujours en 1997, à propos du mariage, il répondait : « J’ai appris que la révolution sexuelle est une affaire très sanglante, comme la plupart des révolutions. »

Installé la majeure partie de l’année à son domicile rural du Vermont, il passe également plusieurs mois par an à enseigner la littérature à l’Université de Boston. Dans un entretien avec Reuters en 1998, il mentionne Philip Roth, Don DeLillo et Denis Johnson comme des écrivains contemporains qu’il apprécie. Tom Wolfe, pour lui, reste seulement un « journaliste très doué ».

L’écrivain, qui a influencé plusieurs générations d’écrivains américains, est resté prolixe jusqu’à ses dernières années. Pourtant, le jour où le prix Nobel de littérature lui a été décerné le 21 octobre 1976, l’écrivain affichait ses doutes sur sa production à venir : « Les prix Nobel sont rarement une bonne chose pour les Américains, du moins pour les écrivains. Sinclair Lewis et John Steinbeck furent rarement sobres après l’avoir reçu. Quant à Hemingway, il cessa d’écrire », avait-il dit. Son dernier roman, « Ravelstein », paru en 2000 (Lire la critique) se présente comme un récit ou une biographie, celle d’un vieil homme dont les dernières années de vie sont retracées par l’un de ses meilleurs amis, un juif issu d’une vieille famille européenne. Une sorte de dédoublement de l’auteur lui-même.

Source : liberation.fr