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L’Egypte pleure Ahmed Zaki

 
Célèbre pour ses rôles engagés, Ahmed Zaki est mort à 56 ans.
mercredi 30 mars 2005.

« Si j’avais su que je recevrais tant d’amour, je serais tombé malade depuis longtemps », disait-il dans un éclat de rire. C’était début janvier : après avoir lutté un an contre le cancer, Ahmed Zaki, l’un des plus populaires acteurs arabes, faisait son retour en annonçant le début du tournage d’un nouveau film, Halim, la biographie très attendue du mythique chanteur Abdel Halim Hafez.

Ce fut sa dernière apparition publique. Ahmed Zaki est mort dimanche, à 56 ans. Lors de ses funérailles, lundi au Caire, des milliers d’admirateurs en larmes ont accompagné le cercueil recouvert du drapeau national.

Connu pour son extrême rigueur dans le travail, Ahmed Zaki s’était illustré dans des rôles engagés. Son dernier succès, Son Excellence le ministre, dénonçait avec force la corruption politique. Les yeux noirs fiévreux, la bouche charnue et le teint mat, qui lui valut longtemps des moqueries et qu’il revendiquait fièrement, tout comme ses origines pauvres et rurales, Ahmed Zaki s’était depuis longtemps imposé au sommet du cinéma arabe. Ses capacités de mimétisme lui avaient ainsi permis d’incarner, de façon troublante, Gamal Abdel Nasser dans Nasser 56, puis, quelques années plus tard, Anouar al-Sadate, avec le même succès.

Schizophrénie. Dans la petite suite qu’il occupait au sommet d’un grand hôtel du Caire, cet homme solitaire vivait entouré de scénarios et de cassettes.

Montrant avec fierté à Libération, quelques mois avant sa mort, les premiers essais où il interprétait Abdel Halim Hafez, il avait alors expliqué son travail : « Le maquillage, la ressemblance physique, ce n’est pas le plus important. Il faut comprendre les personnages de l’intérieur. Comme les psys, je constitue des dossiers. Je commence par l’enfance, je cherche à comprendre l’entourage. C’est un peu schizophrène. Au fur et à mesure, j’ôte ce qui fait de moi Ahmed Zaki, pour revêtir les habits psychologiques et physiques de mes personnages. Quand je prends un rôle important, c’est un tremblement de terre. Et cela laisse toujours des traces profondes. »

Le Caire - Claude GUIBAL, liberation.fr