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Les dessous du "Code Da Vinci"

 
Le "Code Da Vinci" a fait fureur. Dans le monde entier, on s’est arraché le bouquin de Dan Brown. Plus de 10 millions de lecteurs ! Les lieux évoqués au détour des pages font maintenant l’objet de véritables circuits touristiques.
mardi 2 novembre 2004.

Mais ce roman s’appuie-t-il sur des informations historiques ? Ou fait-il sienne des thèses aux origines douteuses ?

Da Vinci Code commence comme un roman policier classique. Le conservateur du Louvre est retrouvé assassiné dans son musée dans une position singulière. Entièrement nu, bras et jambes écartés et entourés de pictogrammes étranges, le cadavre évoque L’Homme de Vitruve, le célèbre dessin de Léonard de Vinci. C’est le début d’un épais thriller ésotérico-rocambolesque agrémenté d’une romance à l’eau de rose.

Un énorme de succès de librairie (l’ouvrage est déjà traduit dans une quarantaine de langues) et sans doute prochainement au cinéma puisque les droits d’adaptation cinématographiques ont été acquis par Columbia qui a confié le projet à Ron Howard. Même si on a cru un certain temps que Russel Crowe obtiendrait le 1er rôle masculin, c’est finalement Tom Hanks qui l’a emporté. Et, pour le rôle de la française Sophie Neveu, c’est Audrey Tautou qui l’a emporté, même si elle ne ressemble pas physiquement au personnage tel que décrit dans le roman.

Véridique ou imaginaire
En introduction du livre, l’auteur indique sous le titre "Les faits" : "La société secrète du Prieuré de Sion a été fondée en 1099, après la première croisade. On a découvert en 1975, à la Bibliothèque nationale des parchemins connus sous le nom de Dossiers Secrets, où figurent les noms de certains membres du Prieuré, parmi lesquels on trouve Sir Isaac Newton, Botticelli, Victor Hugo et Leonardo Da Vinci". Il ajoute plus loin : "Toutes les descriptions de monuments, d’oeuvres d’art, de documents et de rituels secrets évoqués sont avérées".

Astuce littéraire ou Brown croit-il vraiment à ce qu’il écrit ? D’autant plus que l’ouvrage ne sort pas entièrement de son imagination, loin de là ! Pour ceux (il doit en rester) qui n’auraient pas encore lu l’ouvrage, nous ne déflorerons pas ici l’intrigue mais il faut quand même signaler que l’intrigue évoque un mystérieux "Prieuré de Sion", ordre secret issu des Templiers et la filiation christique ( !).

L’enquête
La journaliste française française Marie-France s’est penchée pour le Nouvel Observateur sur la personnalité du fondateur du Prieuré de Sion, une association (loi 1901) créée en 1956 par Pierre Plantard. Le portrait tracé n’en est guère flatteur.

Pendant l’Occupation, il se signala par son discours antijuif, la publication du bulletin antisémiste "Vaincre"et la création du groupe antijuif et antimaçonnique "Rénovation nationale française". C’est durant cette période trouble qu’il créa également Alpha Galates, un "ordre de chevalerie" et d’"entraide sociale" qui avait pour devise "Honneur et Patrie" et était "interdit aux juifs". "Sa Majesté druidique" Pierre Plantard dit "Pierre de France" le dirigeait. Ce n’est qu’en 1956 qu’il déposera les statuts du "Prieuré de Sion" à Saint-Julien-en-Genevois (Haute-Savoie).

Plantard réussira une très belle mystification en s’emparant du mythe de Rennes-le-Château, un hameau dont le curé aurait découvert dans l’un des piliers de l’autel des parchemins qui l’auraient mené au trésor des Templiers. Plantard fit fabriquer de faux parchemins soit disant retrouvés par le curé et qui détaillaient son ascendance royale (les Mérovingiens), la fondation du Prieuré de Sion en 1099 et la liste de ses grands maîtres. Ces faux seront même déposés à la Bibliothèque nationale.

Ces dossiers secrets inspireront le journaliste Gérard de Sède, auteur de "L’Or de Rennes", de "La Race fabuleuse : extraterrestres et mythologie mérovingienne" puis Richard Leigh, Henry Lincoln et Michael Baigent qui publieront en 1982 "L’Enigme sacrée" ("Holy Blood, Holy Grail"). Ce sont ces thèses que recycle Dan Brown.

Conspirationisme
Ce qui est dérangeant dans le livre de Brown, c’est que, d’une part, il risque d’être pris au premier degré alors qu’il s’agit d’une variation sur des mythes fantaisistes et, d’autre part, il alimente les thèses conspirationnistes. Cette fois, il s’en est pris à l’Eglise catholique et à l’Opus Dei mais, dans son précédent roman, "Angels & Demons", il évoquait le fameux complot des "Illuminati" qui veulent instaurer un nouvel ordre mondial.

Le livre de Brown a, en tout cas, généré un "sacré" business. On vous propose ainsi des visites du Louvre en petits groupes pour la somme de 110 euros. Une société américaine propose pour 2.299 dollars un circuit de 8 jours en Europe sur les traces de Robert Langdon, le héros du livre. De quoi encore encombrer l’église de Saint-Sulpice qui afficherait : "Contrairement aux allégations fantaisistes contenues dans un récent roman à succès, la ligne méridienne de Saint-Sulpice n’est pas un vestige d’un temple païen qui aurait existé à cet endroit...".

Le Code Da Vinci décrypté
Et puis il y a les auteurs qui se lancent à leur tour sur l’oeuvre de Brown. On a vu apparaître des livres comme "De-coding DaVinci", "Breaking the Da Vinci Code", "The Da Vincideception", "The Truth Behind the Da Vinci Code", "Solving The Da Vinci Code Mystery", "Da Vinci Code Decoded", "The Da Vinci Code : Fact or Fiction ?", "Cracking the Da Vinci’s Code". Ce dernier ouvrage a été traduit en français sous le titre "Le Code Da Vinci décrypté". Daniel Burstein qui s’attaque également à "Angels & Demons" (avec "Secrets of Angels and Demons") a aussi étudié les "Secrets of the Code" ("Les secrets du Code Da Vinci" pour la version française).

Les secrets du Code Da Vinci
"Les secrets du Code Da Vinci" est sous-titré "Le guide non officiel des mystères du Code Da Vinci". C’est un ouvrage qui laisse perplexe. Il s’agit peu d’un travail personnel de Dan Burstein qui a en fait rassemblé les avis d’une cinquantaine de "spécialistes" ou prétendus tels). Son livre est donc une compilation structurée d’articles parus sur le Net ou dans des magazines. Le livre est structuré en deux livres. Le premier s’attache à l’histoire même qui sert de trame au Code ; ce premier livre comprend 3 parties : "Marie-Madeleine et le Féminin sacré", "Les échos d’un passé voilé" (sans doute la partie la plus intéressante sur les débuts du christianisme), "Pour que les secrets restent secrets". Le livre II s’intéresse à l’intrigue elle-même et à ses détails. On trouve ainsi un démontage complet, signé, David Shugarts, d’une série d’éléments de l’intrigue. C’est sans doute la partie la plus amusante du livre de... Burstein.

On remarquera que le succès du livre de Dan Brown a redynamisé les mythes du type trésor des Templiers et réactivé l’intérêt pour Rennes-le-Château. C’est ainsi que les ouvrages parus en 1986 et 1987 "Les Tentations de l’aAbbé Saunières" et "L’Or du Diable" de Jean-Michel Thibaux ont été rssemblés et réédités sou le titre "Le Secret de l’abbé Saunière". L’Abbé Saunière, c’est, rappelons-le, celui qui aurait découvert le trésor des Templiers dans sa modeste église à Rennes-le-Château dans le Haut-Languedoc et dont le nom est porté dans l’ouvrage de Brown par le conservateur du Musée du Louvre.

D’autres diront que, dans le même genre que le "Code Da Vinci", il y a mieux. Comme, par exemple, "Le Testament des Siècles" de l’auteur français Henri Loevenbruck. On vous en livre le résumé : "Installé aux États-Unis depuis la mort de sa mère, Damien Louvel, scénariste d’une série télévisée à succès, doit rentrer en France à la suite du décès tragique de son père. Il découvre que celui-ci menait des recherches autour d’un mystérieux objet, la pierre de lorden, qui semblent lui avoir coûté la vie. Aidé de Sophie, une journaliste dont il tombe amoureux, Damien décide de poursuivre les étranges investigations de son père, et se lance dans une course effrénée, de bibliothèques en sociétés secrètes, de Gordes à Londres et au cœur de Paris. Traqués, menacés, Sophie et Damien n’auront de cesse de mettre au jour le plus vieux secret de l’Humanité : le dernier message laissé par le Christ". La similitude est étonnante mais le bouquin de Loevenbruck a la réputation d’être mieux écrit.

Par Philippe Allard, vivat.be