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Quand "Le Petit Prince" devient "So Shiyaxauolec Nta’a"

 
mardi 5 avril 2005.

Les Tobas, qui appartiennent au groupe linguistique guaycuru, sont originaires de la région du Grand Chaco ­ "grand territoire de chasse" en langue quechua ­, qui comprend, au-delà de l’Argentine, une partie du Paraguay et de la Bolivie. Ils ne sont plus que quelque 50 000, répartis principalement entre les provinces du Chaco et de Formosa, les plus pauvres d’Argentine. Fuyant le chômage, certains ont émigré vers les grandes villes comme Rosario et Buenos Aires, où ils souffrent de discrimination raciale.

So Shiyaxauolec Nta’a (Le Petit Prince en toba) sera lancé le 22 avril à Formosa. Illustré par des enfants tobas, le texte a exigé deux ans de travail mené conjointement par les maîtres tobas de la communauté de San Carlos (province de Formosa) et une équipe de traducteurs de Derqui (province de Buenos Aires) et de l’université de Buenos Aires. Une tâche parfois difficile, explique l’anthropologue Florence Tola, car "le concept de prince, par exemple, n’existe pas dans la culture toba ; il a donc fallu recourir à l’image d’un petit cacique". Par contre, "rien d’étrange à ce que le Petit Prince parle avec un serpent ou un renard et voyage parmi les étoiles, cela colle parfaitement à la mythologie toba".

Le livre de Saint-Exupéry est le "premier ouvrage laïque traduit en toba". Les indigènes ne pouvaient lire jusqu’à présent que le Nouveau Testament. Les éditions Gallimard ont cédé les droits d’auteur. L’idée de la traduction est née d’un programme d’échange culturel, lancé en 2003, entre 50 enfants d’écoles françaises de la Ville de Paris et 50 enfants tobas, sous les auspices de l’Association pour l’échange artistique et culturel (AEAC).

Antoine de Saint-Exupéry était venu en Amérique latine en 1929. En Argentine, il avait été nommé directeur de l’Aéropostale et avait inauguré la ligne reliant Buenos Aires à Punta Arenas, au sud du Chili.

L’expérience du survol des Andes lui inspira Vol de nuit. Après la suppression de la poste aérienne argentine, l’aviateur-écrivain était rentré en France en 1931 et avait épousé une Argentine, Consuelo Suncin.

Par Christine Legrand, lemonde.fr