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Sin City

 
BD portée à l’écran et film noir gonflé aux moyens numériques, "Sin City" sorti vendredi aux Etats-Unis tente l’adaptation des albums de Frank Miller : sexe, violence, dépravation et esthétisme.
samedi 2 avril 2005.

Robert Rodriguez, qui s’était fait la main avec El Mariachi, Desperado et Spy Kids, tourne en monochrome avec sa bande fétiche de sales belles gueules : Bruce Willis, Benicio Del Toro, Clive Owen, Rosario Dawson, Brittany Murphy. Il va pêcher Mickey Rourke, ressuscité à la façon dont Quentin Tarentino avait sorti John Travolta de sa boule disco avec Pulp Fiction.

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Sin City

Quentin n’est d’ailleurs pas très loin, faisant partie de l’équipe de réalisation avec le dessinateur Miller lui-même. Mais trêve de générique : le film.

De la première boucherie à la dernière rafale d’Uzi, l’oeuvre réservée à un public de plus de 17 ans devrait partager les salles entre délice et dégoût engendrés par une strip-teaseuse pneumatique (Jessica Alba) placée entre les mains du violeur et tueur en série "Roark Junior" (Nick Stahl).

Dans cette adaptation de trois albums de Miller, pas de bons et de méchants mais seulement des durs et des faibles, riches et décadents, tueurs à gage, flic ripoux et leurs filles décoratives ou mortelles.

Le meurtre de l’une d’elles déclenche la force vengeresse de Marv (Mickey Rourke rafistolé au sparadrap), personnage central du film qui annonce la couleur : "Pas question de négocier, c’est sang contre sang et au litre. Comme avant, au bon vieux temps, au temps du tout ou rien".

Deuxième mouvement : le flic véreux Jackie Boy (Benicio Del Toro) et le dur parmi les durs Dwight (Clive Owen) se disputent une "babe", provoquant la guerre des gangs, version nucléaire.

Puis vient le tour d’Hartigan, flic solitaire (Bruce Willis) qui traque le tueur Roark Junior pour sauver la poupée (Alba), jusqu’à une fin envoyée à la Pulp Fiction.

La patte de Tarentino étant omniprésente dans la structure du film constitué d’histoires parallèles, de croisements de personnages et de dialogues sereins en plein déluge d’hémoglobine, le tout en noir et blanc sauf pour le rouge qui tache la robe, quelques yeux bleus et des chevelures blondes.

Les personnages nombreux paraissent sortis d’une soirée d’Halloween qui durerait trois mois, la préférence du public de Washington devant aller au sénateur américain Roark (Power Boothe), papa du tueur en série Roark Junior, pourri jusqu’à l’os et probablement jusqu’à la moelle.

Pour le film, Rodriguez a brisé les règles d’Hollywood, boudant "LA-LA-Land" pour tourner dans son studio personnel à Austin (Texas, sud) et fichant sa démission de l’Association américaine des réalisateurs pour s’associer les services de Miller en co-réalisateur, ce dernier n’étant pas membre de ladite association.

Le film au budget de 40 millions de dollars est accueilli avec quelques pincettes par la presse américaine qui ne cesse d’avertir le public de son extrême violence tout en convenant, fascinée, de la force du mal qu’il véhicule.

Source : AFP, lefigaro.fr