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Benjamin Zephaniah, éclats de vers

 
Le poète Benjamin Zephaniah donne ses rendez-vous dans une librairie du nord-est de Londres. C’est là, à l’étage de la boutique, que ce grand rasta a appris à lire et à écrire à 21 ans ; et c’est ici qu’il parle, vingt-cinq ans plus tard, de Naked, son premier album de spoken word, sorti ce mois-ci.
jeudi 31 mars 2005.

Originaire des Barbades, né à Birmingham en Angleterre, cet intellectuel de la communauté noire ne savait pas encore écrire quand son premier recueil de poèmes, Pen Rhythm, fut publié en 1980 : « Je les avais mémorisés et dictés à une amie, raconte-t-il. Puis, ayant vu une émission de télé où on parlait de mon livre, j’ai craint qu’on me demande un jour d’écrire en direct. Je me suis immédiatement inscrit aux cours du soir. »

Hors circuit.
Aujourd’hui, tous ses ouvrages sont sur les présentoirs : les livres de poésie pour enfants et pour adultes, ses romans comme Refugee Boy, l’histoire d’un garçon qui fuit la guerre entre l’Ethiopie et l’Erythrée, ou le dernier, Gangsta Rap, souvenirs de jeunesse entre prison, voyage en Jamaïque et retour dans les cités britanniques. Mis hors circuit par le système scolaire, Benjamin Zephaniah se retrouve à la rue à 14 ans : « J’étais à moitié dyslexique, mais à l’époque, les professeurs justifiaient mes difficultés par le fait que je devais être idiot. Même en me voyant persister à vouloir apprendre, on me rétorquait d’un ton paternaliste : "Ne te fatigue pas, tu es un bon footballeur. Les études, c’est pas pour toi." Du coup, j’avais de mauvais résultats en classe, mais j’étais capitaine de l’équipe de foot, responsable du club d’athlétisme et même meneur au cricket... alors que je n’aimais pas du tout ce sport ! »

Depuis, Benjamin Zephaniah a eu sa revanche. Il a obtenu deux doctorats en lettres et en sciences humaines en même temps qu’il militait contre l’illettrisme, pour les droits des animaux (il est végétarien) et ceux des réfugiés... Bon client pour les médias, il est de tous les débats. L’an passé, on a même voulu lui remettre The Order of British Empire (OBE), l’équivalent de notre Légion d’honneur, qu’il a refusé au nom des descendants de l’esclavage, des victimes des brutalités policières et pour dénoncer l’engagement des troupes britanniques en Irak.

A 47 ans, Zephaniah est un écrivain et un musicien complet. En 1982, il enregistre avec les Wailers un album en hommage à Nelson Mandela, encore emprisonné en Afrique du Sud. Ont suivi de nombreux disques de reggae et de rap. Il lui restait à lier la poésie à sa véritable culture musicale : « J’adore les sonorités classiques et électroniques, que j’écoute comme les Rolling Stones ou Bob Marley. Je trouvais ça un peu hypocrite de ma part de continuer à jouer les chanteurs de reggae en studio. J’en ai parlé à Karl Hide, d’Underworld, qui m’a mis en contact avec Trevor Morais, batteur des Peddlers. »

Pochoirs.
Le résultat est convaincant. Tel un Linton Kwesi Johnson, Zephaniah y fustige les « ignorants éduqués », se moque des stars fatiguées, sur des rythmes jungle plutôt que sur du dub. Et comme il reste un écrivain, le CD est accompagné d’un livre avec des textes plus fournis qu’en audio et illustrés par les pochoirs du graffiti artiste Banksy : « Comme Marley, conclut-il en rêvant, j’aimerais faire danser les gens sur un message positif. »

Londres-Par Stéphanie BINET, liberation.fr

Benjamin Zephaniah CD et livret de 36 pages : « Naked » (One Little Indian/Wagram). En concert le 1er avril à 20 h à la Scène Bastille, 2 bis, rue des Taillandiers, Paris XIe. Tél. : 01 48 06 50 70.