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Essais : Guide des perplexes

 
Actes du colloque sur Maïmonide, théologien juif, grand savant et philosophe universel de l’âge d’or arabo-andalou.
jeudi 31 mars 2005.

De manière canonique et quelque peu dramatisante, on traduit par Guide des égarés le Dalalat al-Ha’irim, célèbre ouvrage écrit en arabe par Maïmonide (1), que l’on rend aussi par Guide de ceux qui errent ou, plus précisément encore, Guide des perplexes ­ le titre étant centré en effet sur le mot hayra, la perplexité.

On pourrait ainsi mieux saisir que l’auteur ne s’adresse pas aux ignorants, aux pauvres d’esprit, mais à ceux que leur science même a rendus tièdes, perplexes, voire obtus devant les difficultés de concilier le dogme et le savoir positif, la révélation divine et la connaissance humaine. Mais c’est toute l’entreprise de Maïmonide ­ en parfaite résonance avec son milieu, la culture arabo-andalouse du XIIe siècle ­ qui entend fonder en raison la foi. Non pas que celle-ci doive se soumettre à celle-là, mais au sens où il ne saurait y avoir de contradiction entre la vérité de la religion et la vérité de la science. Il ne s’agit donc pas de justifier mais de démontrer par le raisonnement ce que le coeur saisit par d’autres voies, et que Dieu a par ailleurs déposé dans les Livres sacrés. On comprend dès lors pourquoi le parfait théologien se double d’un scientifique accompli et comment Maïmonide ­ de même que ses devanciers de cette extraordinaire saison philosophique, qu’ils soient arabes, juifs ou chrétiens ­ puisse embrasser en philosophe la totalité des connaissances de son temps.

Astronomie, physique, médecine, droit, logique, philosophie et mathématique, outre évidemment la théologie : tout le retient, rien ne lui est étranger. Ainsi que le montre le colloque international organisé à Paris par Tony Lévy et Roshdi Rashed, dont les actes sont ici réunis.

Né à Cordoue en 1135 (ou 1138), formé en Espagne et au Maroc, Maïmonide s’installe, à 30 ans, au Caire où il devient médecin de la cour et président de la communauté juive. Arabophone, il rédige son oeuvre philosophique et scientifique en arabe, dont le Guide des égarés, écrit entre 1186 et 1190 et traduit quelques années plus tard en hébreu et en latin.

A cette époque, savant ne veut pas dire laïque, cela serait inconcevable dans n’importe laquelle des sociétés de l’islam ou de la chrétienté du Moyen Age. Pourtant, ces mondes sont imbriqués et comme unifiés par le même aristotélisme néoplatonicien, véritable langue commune des philosophes, par-delà l’appartenance religieuse. L’islam, en Espagne musulmane comme ailleurs, garantit juridiquement le droit à l’existence aux membres des trois religions révélées, à leurs institutions, et à leurs cultes.

Ni plus ni moins, et c’est beaucoup. Cependant, si le modèle andalou de rencontre scientifique et philosophique entre égaux est exceptionnel, dont jouissent les penseurs qui en font leur miel, la question de la tolérance n’y est absolument pas posée, précise l’historien des mathématiques Roshdi Rashed, mais plutôt celle de « la multiplicité juridiquement reconnue et socialement acceptée ; d’aucuns parleraient aujourd’hui du droit à la différence au sein de la cité ».

-  (1) Par ailleurs, Maurice-Ruben Hayoun fait paraître « Maïmonide », Editions Entrelacs, 248 pp., 17 €.

Par Jean-Baptiste MARONGIU, liberation.fr

Tony Lévy et Roshdi rashed (Etudes réunies par) Maïmonide philosophe et savant (1138-1204)
-  Peeters-Leuven, 478 pp., 55 €.