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Conte d’Asie : Plus de marc pour les cochons

 

Personne ne sait à quelle époque vécut la mère Wang, mais les anciens racontent que c’était une femme qui fabriquait et vendait du vin. Un moine taoïste avait pris l’habitude de venir boire chez elle à crédit. La marchande semblait n’y prêter aucune attention ; chaque fois qu’il se présentait, elle le servait aussitôt.
mercredi 28 janvier 2004.

Un jour, le taoïste dit à la mère Wang : J’ai bu votre vin et je n’ai pas de quoi le payer, mais je vais vous creuser un puits.

Le puits terminé, on s’aperçut qu’il contenait du très bon vin. Voilà pour vous payer ma dette, dit le moine et il s’en fut.

De ce jour, la femme ne fit plus de vin ; elle servit à ses clients le vin tiré du puits. Ce vin était bien meilleur que celui qu’elle faisait auparavant avec du grain fermenté. Sa clientèle s’accrut énormément et en trois ans, sa fortune était faite : Elle avait gagné plusieurs milliers d’onces d’argent.

Un jour, le moine parut à l’improviste. La femme le remercia avec effusion.

Le vin est-il bon ? Demanda-t-il. Oui, le vin est bon, admit-elle, seulement je n’ai plus de marc pour nourrir mes porcs !

En riant, le taoïste prit un pinceau et écrivit sur le mur de la maison :

"La profondeur du ciel n’est rien, Le coeur humain est infiniment plus profond. L’eau du puits se vend pour du vin ; La marchande encore se plaint : Plus de marc pour les cochons."

Son quatrain achevé, il s’en fut, et le puits ne donna plus que de l’eau...